Erable : les aîles de la destinée

Publié le 2 mai 2021 - Au fil des saisons, Sylvothérapie

Derrière chez moi, près des maison basses, pousse un érable magnifique. Il a sur son tronc 2 cicatrices, qui lui confère l’allure d’un visage. A chaque fois que je passe devant lui, j’ai l’impression d’être observée. Il a une chevelure immense, bien proportionnée. A la fin de l’été, il change de couleur, passe du vert, au jaune, au orange, au rouge. C’est un délice de le voir se dévêtir, et de ramasser ses feuilles multicolores. Il en existe de nombreuses espèces. Leur feuille caractéristique, s’étudie très tôt sur les bancs de l’école, et se retient facilement. L’érable évoque pour moi, l’exotisme du nord, des pays froids. Je me rappelle de cette venue en CP, d’un voyageur atypique. La maitresse l’avait invitée pour nous montrer un montage diapo, de son voyage à vélo, à travers le Québec. A cette période, j’avais tout juste la télé à la maison, pas d’ordinateur. Nous étions fascinés par ces images de neige, par ces concours de sculpture dans la glace. Je n’aurai jamais imaginé, fouler ces terres, un jour.

Lors de ses visites, mon amie Ounissa, partie vivre au Québec, me fait le cadeau ultime, du sirop d’érable. Ce liquide sucré, délicieux à faire glisser sur les pancake. Quand j’ouvre la bouteille, j’entends l’accent québécois, le bruit des torrents, l’appel de la forêt et des grandes étendues. Je me rappelle de mon court voyage en 2016, dans les jardins de Floramedicina. De ces maisons éparpillées à des miles, de ces territoires immenses, et des érablières. Au printemps, lorsque le dégel s’annonce, l’acériculteur récolte la sève des érables, l’eau d’érable. C’est dans sa cabane à sucre, qu’il va faire bouillir ce précieux liquide, pour en extraire le sirop d’ érable. Au goût, ce liquide doré est sucré, mais pas trop. Il a de nombreux bienfaits que les épiceries savent vous vanter. Ces précieuses eaux d’arbre, qui coulent au printemps, sont des mannes fortifiantes et nourrissantes pour tous les peuples.

Selon les scientifiques de l’institut de Laval, le sirop d’érable se démarque de tous les autres sucres par le fait qu’il renferme de l’acide abscissique et de l’acide phaséique, qui sont produits par l’érable pour combattre le stress causé par l’environnement. Les chercheurs ont observé que ces deux molécules antioxydantes favorisaient une plus grande captation du glucose par les cellules musculaires, et ce, sans induire une importante sécrétion d’insuline. « Dans le diabéte de type 2, c’est l’un des problèmes : les cellules musculaires ne captent pas bien le glucose et c’est ce qui fait que la glycémie augmente dans le sang des patients ». Ces molécules auraient donc des effets protecteurs sur le syndrome métabolique. Selon André Marette, directeur scientifique de l’INAF, le sirop d’érable détient un autre avantage de taille par rapport à tous les autres agents sucrants : il se compose essentiellement de sucrose et ne contient pas de fructose pur, lequel a mauvaise presse car il est capté très rapidement par le foie.*

On retrouve cet arbre dans de multiples traditions : Allemagne, Norvège, grecs, celtes. Cet arbre dur, aux feuilles pointus, avide de lumière, pousse lentement, mais colonise les espaces libres. Un petit clin d’oeil à notre histoire ? La feuille d’érable du drapeau canadien est un symbole… québécois! Un lien avec l’histoire de France, et la nouvelle France du 17e siècle, qui envahit ces nouveaux territoires.

Chez les Celtes, c’était le messager des dieux. L’érable veillait comme bonne étoile, sur la destinée de ses protégés. Il incarne l’ambitieux, le volontaire et l’opiniâtre. Le sucre du sirop était utilisé par les druides, pour calmer les esprits impulsifs et violents. ***

L’érable plane symbolise l’indépendance, la liberté, la réserve, et le sens de l’observation. Pour les druides, une bonne étoile veillait sur la destinée de leurs protégés car l’érable était le messager des dieux. On dit que s’allonger sous cet arbre sert à regonfler les esprits lassés des multiples épreuves de l’existence.**

Ses fruits, comme des hélices d’hélycoptères, tournoient dans les airs avec une grande stabilité, avant de se poser par terre. Elles maitrisent leur trajectoire. Les di-samares de l’érable à sucre, se mangent à l’automne, après avoir été bouillies. Les samares de l’érable sycomore, plus commune dans nos régions, sont toxiques, et peuvent être la cause de maladies graves pour les chevaux. Elles ont la forme de 2 aîles, qui tourbillonnent au vent, avec l’espoir d’être amenés par des vents latéraux, sur une place dégagée, non occupée par les parents. C’est l’image pour les celtes, des ailes de l’ange combattif. On peut se lâcher, en toute sécurité ! C’est vraiment à l’image de ce parcours initiatique, que j’ai eu lors de mes études avec Floramedicina. Des bases solides, des aîles équilibrées, pour me sentir libre de voler, avec une grande stabilité.

L‘élixir floral permet à tous ceux qui doutent, qui se sentent fragiles ou instables.

L’érable rétablit l’harmonie, la stabilité, la sérénité, la bienveillance, et aide à s’ouvrir à la générosité, sans peur de se donner. Il  permet d’aller vers l’extérieur en toute sécurité. Il aide à l’adaptation et l’accord, rééquilibre et ouvre les points d’énergie. Il permet, tout en restant bien centré, de pouvoir rayonner vers les autres, sans se disperser, et rassembler autour de soi. Il aide à explorer de nouveaux chemins, de nouvelles possibilités, en toute éthique, sans rester sur les acquis du passé. Ce peut être de nouvelles formes de créativité dans tous les domaines de la vie, professionnelle, personnelle…****

Une légende canadienne raconte que la couleur rouge des feuilles de l’automne est liée au sang de l’ours, répandue dans la forêt, et de cette bataille avec le cerf et le loup.

Ours, mécontent de l’attitude de son compagnon, voulut le rattraper et lui demander de s’expliquer. Mais, dans un brusque élan de rage, Cerf fonça sur lui, tête baissée. Il frappa Ours de ses bois. Ours subit plusieurs blessures qui se mirent à saigner abondamment. Si Loup n’était pas intervenu, Ours serait peut-être mort, ce jour-là… Pourchassé par Loup, Cerf s’enfuit rapidement dans la forêt. Mais le sang d’Ours s’était répandu sur ses bois, et tout au long de sa fuite, le sang s’éparpilla sur les feuilles des érables environnants, qui prirent une teinte rouge vif. C’est depuis ce jour que Cerf perd ses bois quand les arbres perdent leurs feuilles. Il se retrouve sans défense devant Loup, puni d’avoir fait couler le sang sur la Terre. C’est aussi depuis ce jour que les érables rougissent chaque automne avant que leurs feuilles tombent. Le Grand Esprit rappelle aux animaux et aux hommes la paix perdue.**

Cette légende résume bien, l’affinité du Foie, et du cœur, à cette couleur rouge sang de colère, et de frustrations, et à ses dégats. En gemmothérapie, Le macérat permet de drainer les organes encombrés comme la vésicule bilaire, le pancréas, et le foie. Il diminue les boues biliaires, le cholestérol, et le diabète. C’est un excellent antiviral, et il possède des propriétés antifongiques.***

Sources d’inspiration : saveurs-erable.fr* – Luminessens.org** – Légendes canadiennes : « Les érables rouge« Texte : Martine Latulippe – Phytembryothérapie, Ledoux, Guéniot *** – Altair****