Quand les étiquettes enferment la réalité

Publié le 24 janvier 2026 - Paroles de plantes


Cet article est né d’un post partagé sur le monde littéraire, qui a éveillé en moi une réflexion personnelle sur les jugements, les préjugés et les étiquettes. Il m’a conduit à me poser une question essentielle : en quoi les pratiques que je propose, notamment les bains de forêt, peuvent-elles contribuer à une meilleure santé mentale ?

Expérience en psychiatrie

En 1973, huit personnes saines furent admises dans des hôpitaux psychiatriques aux États-Unis. Elles n’étaient pas malades, mais personne à l’intérieur ne sut le voir. Le psychologue David Rosenhan posait une question cruciale : le système psychiatrique peut-il vraiment distinguer la santé mentale de la maladie ?Pour le savoir, il recruta huit volontaires ordinaires – un peintre, une femme au foyer, un pédiatre, un étudiant – qui dirent entendre des voix, trois mots abstraits : « vide », « creux », « coup sourd ». Ils cessèrent de feindre une fois hospitalisés, mais leurs gestes furent interprétés à travers l’étiquette qui leur avait été apposée. Sept furent diagnostiqués schizophrènes, un trouble maniaco-dépressif. Aucun n’était reconnu comme sain.


Peur, jugement et communautés

La peur et le jugement activent nos mécanismes de protection. Nous catégorisons l’autre par la couleur de peau, la tenue, les habitudes, ou les différences visibles. Pourtant, dans nos villages ou quartiers proches, un voisin fragile pouvait être accueilli, accompagné et toléré. Aujourd’hui, le poids des étiquettes sociales enferme et limite la bienveillance dans nos vies modernes.


Bains de forêt et approche de nos peurs

La nature nous offre des enseignements précieux pour la santé mentale. Les bains de forêt (shinrin-yoku) permettent de marcher lentement parmi les arbres, respirer l’air pur et écouter les sons naturels. Cette pratique aide à apaiser l’esprit, à faire face à nos peurs et à nos émotions difficiles. La forêt enseigne la patience, le calme et la capacité à rencontrer l’inconnu sans stress ni jugement.

À titre personnel, j’ai pris conscience que j’ai moi aussi posé des étiquettes émotionnelles sur certains paysages. Les forêts de pins maritimes me sont profondément réconfortantes et sécurisantes. La proximité de la mer m’apaise, et le parfum des résineux calme instantanément mon système nerveux. Ces sensations sont intimement liées à des souvenirs d’enfance joyeux : des vacances, des week-ends, des temps de pause et de liberté. À l’inverse, les forêts alpines ou pyrénéennes peuvent encore générer chez moi une forme d’inquiétude. En y regardant de plus près, je relie cela à des expériences vécues enfant en montagne : des aventures rocambolesques, des changements de vallée imprévus, des sorties de piste en randonnée, des variations météo soudaines. Autant de situations qui ont laissé en moi quelques empreintes de peur. Ces prises de conscience me rappellent combien notre relation à la nature est aussi façonnée par notre histoire intérieure. Là encore, il ne s’agit pas de fuir ce qui nous inquiète, mais d’apprendre à l’approcher avec douceur, à reconnaître les mémoires qu’il réveille, et à choisir les espaces qui nous soutiennent là où nous en sommes sur notre chemin.


ortie symbole de force et d'apprivoisement

L’ortie, symbole de force et d’apprivoisement

L’ortie illustre l’importance d’approcher ce qui nous fait peur. Ses feuilles piquantes protègent, mais une fois apprivoisée, elle offre minéraux, force et bienfaits pour les reins en médecine chinoise. Comme avec les personnes que nous jugeons à tort, l’ortie nous apprend à dépasser les apparences et à tirer profit de ses richesses.

Centrifugeuse émotionnelle : et si l’ortie consolidait notre centre


Voir l’autre au-delà des étiquettes

Chaque personne a une valeur qui dépasse les étiquettes mentales et sociales. Apprendre à voir l’autre dans sa réalité, au-delà des jugements et peurs, c’est cultiver ouverture, bienveillance et résilience. La santé mentale, comme la nature, ne se réduit pas à des étiquettes. Elle se vit dans la rencontre, la proximité et le soin que nous portons à ce qui est vivant autour de nous.

Le souffle du calendula, et la douceur de Ya Latif