Le peuplier : protection et courage face à l’infini vertige

Publié le 16 mai 2021 - Au fil des saisons, Carnet d'humeur, Sylvothérapie

Une résonance profonde

Dans nos vies, se développent parfois des liens imperceptibles et puissants, incompréhensibles, aux arbres, aux plantes, aux insectes, aux gens. En présence du peuplier, mon corps et mon âme se mettent à vibrer. Sans en comprendre le sens, mes cellules entrent dans la danse. Mon cerveau se connecte au son des feuilles tremblantes, et voyage dans un pays fantasmagorique. Comme un bâton de pluie, les acclamations d’une foule, ces clappements de feuilles m’emportent loin dans mon enfance. Du haut de ces 2 étages, de l’immeuble du Corbusier, j’aimais flâner et rêver sur la loggia de béton armé. Elle était suffisamment haute, pour qu’enfant, je ne puisse pas m’y pencher. Mais l’architecte avait imaginé, des trous dans ce mur gris, laissant passer la lumière, et donnant accès aux arbres et à la verdure du parc. Face à moi, s’élevaient des arbres immenses, dont j’aurai presque pû toucher les feuilles. Ces peupliers pouvaient atteindre 40m de hauteur. Ils étaient alignés, devant l’immeuble de béton sur pilotis, comme une communication verticale, un trait d’union, entre le béton et la nature. Entre terre et ciel. Des racines vers l’infini.

Une image de peuplier par du ciel et de la terre, de l’essence féminine et maternelle du végétal, de la vie et de la succession des vies, de la généalogie du rêveur ; Une fois de plus, c’est la forme de l’image qui provoque la projection des contenus symboliques qu’elle contribue à révéler … Le peuplier, lui, semble resserrer ses courtes branches autour du tronc, comme s’il craignait d’égarer l’imagination dans un plan horizontal. Il paraît investir toute son énergie pour ouvrir un chemin vers le ciel… Cet arbre semble planté dans l’âme comme un trait douloureux dont la racine plonge en la chair et la cime dans l’infini. Aucun arbre peut-être autant que le peuplier ne désigne l’angoisse existentielle, l’incertitude métaphysique.*

Les peupliers noir, populus nigra, sont de la famille des salicacées. Ils poussent les pieds dans l’eau, et draine les excès d’humidité dans le corps. Ils vivent rarement seuls, et forment des alignements le long des berges. Ce sont les gardiens du fleuve, car leurs racines bien alignées fixent la terre des rives. Ils ont une croissance rapide, et produisent un bois de qualité. Ils ont besoin de lumière pour s’élever.

C’était des repères dans le parc : je me rappelle qu’ils marquaient une frontière, auprès de laquelle nous devions marquer un temps d’arrêt, pour permettre à notre mère de nous rejoindre. Ils formaient des brises vent, le long des pilotis reliant la façade est et ouest. C’était un repère de ma loggia, pour me connecter à la nature autour de moi. Je pouvais écouter le chant des mésanges, des moineaux, des rouge gorge, je pouvais observer les bourgeons, les feuilles danser, et se parer de mille feux des rayons du soleil.

Théophraste signale que le peuplier blanc fait partie, avec le tilleul et l’orme, des arbres dont les feuilles se retournent après le solstice d’été. Elles présentent alors au soleil leur face intérieure, blanchâtre, tandis que la face supérieure est verte, et l’arbre semble changer de teinte.

L’Arbre de vie des peuples amérindiens

Je passais des heures à regarder, à flâner, à m’ennuyer. C’était mon écran, de télé, d’ordinateur, mon réseau social. C’était ma connexion à la Vie, aux Cycles des saisons, à mes peines, à mes joies, aux deuils de l’enfance, à l’espoir, à la renaissance. C’était l’Arbre de vie des lakota. Pour eux, « il est le cœur, l’émotion, l’archétype de toute connaissance spirituelle, et permet l’accès à la lumière divine. »** Est ce cette infime partie de mon ADN qui résonne en moi ?

Le peuplier développe au printemps une « bourre » qui lui confère le nom d’arbre à coton. Mon mari en a fait les frais, lors d’un pique-nique sur l’île Clémentine à Ste Luce. Le sol était couvert de ces jolis châtons de peupliers, qui lui ont valu une violente réaction allergique de retour à la maison !

Les fleurs du peuplier tremble pendent comme des guirlandes au printemps. Elle sont couvertes d’un liquide visqueux, et collant. Vous pouvez les observer à Port Lavigne (à Bouguenais), sur les rivages de la Loire. Le Dr Bach, en extrait un élixir, appelé Aspen. Il permet d’harmoniser les états émotionnels, apporte le courage pour faire face à l’inconnu. Pour surmonter les peurs imprécises, les peurs vagues, irraisonnées et inexplicables.

De la mort, il passe à la vie afin de renaître.

C’est certainement ce qui m’a encouragé instinctivement, à me recueillir au pied de cet arbre immense, dans les jardins de Floramedicina. Un moment de transition, pour se préparer à se séparer, à faire le deuil de la présence de ma mère. Une souffrance, des peurs, un passage vers une certaine renaissance. Il m’a donné la force d’accompagner pleinement ces instants, tout en m’apportant la douceur, l’enveloppement d’une maman.

Un protecteur puissant

En ce début d’année, le peuplier est revenu vers moi à travers une belle rencontre. Celle d’Anne-Julie Ghesquières, paysanne herboriste dans la baie de Somme. Elle a écrasé les bourgeons entre ses doigts, pour me faire sentir le parfum puissant qui s’en dégage. Cette résine protectrice, appelée propolis, est précieuse pour les abeilles. Elle protège la ruche des microbes en agissant comme un véritable désinfectant naturel, comme un antibiotique puissant. Vous imaginez bien, que pour nous, l’action sera similaire ! En gemmothérapie, le bourgeon est immunostimulant, antispasmodique puissant lors de bronchites ou de trachéytes. C’est un tonique circulatoire, vasculaire. Drainant artériel et rénal. Son écorce est antiinflammatoire. Utilisée en décoction, ou ses feuilles en cataplasmes, elle calme les crises de goutte et de rhumatismes.

Sources d’inspiration : luminessens.org** – Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves* –