La relation et l’amour de soi – de l’éducatrice à la thérapeute

14th octobre, 2017 / témoignage / No Comments

Processus thérapeutique et éthique

Mes études se poursuivent cette année avec l’école canadienne Floramedicina: au programme –  processus thérapeutique. Notre première lecture se porte sur le livre de Colette Portelance, relation d’aide et amour de soi, approche non directive créatrice en psychothérapie et en pédagogie. Je me replonge avec plaisir dans ce domaine de la posture de l’aidant vis à vis de l’aidé. Mes études passées d’éducatrice et ma pratique m’ont déja amenée vers ces interrogations; mais ce qui est nouveau pour moi, dans cette approche, c’est la base de la relation: l’amour de soi et de l’autre.Plus qu’une posture de sauveur du monde, des opprimés, des humiliés, il s’agit d’accompagner l’autre dans ce qu’il est, avec amour et bienveillance, et respecter son cheminement.

Educateurs: des lanceurs d’alerte!

En tant qu’éducatrice de rue, nous avions comme mission de prévenir les risques de délinquance, et de marginalisation. Nous travaillions déja sur une posture de prévention avec les familles, ayant bien conscience, qu’en allant chercher les jeunes déja marginalisés dans la rue, il allait être compliqué de les amener sur un autre chemin. Et bien souvent, un chemin trop normatif, trop conformiste, et loin de leurs préoccupations.

Ce qui m’a plû dans ce métier, c’était la capacité des équipes à recueillir des faits, des récits de vie, à observer, à mettre en place des diagnostic sur les quartiers, afin d’imaginer des actions avec les habitants pour changer leur conditions de vie. C’était le principe de la recherche action, dans lequel le citoyen avait une place centrale qu’elle que soit son niveau d’étude. Je rends hommage à Alain Guézengar, à ses équipes, aux conseils d’administration vivants et vibrants, qui ont porté ces principes de l’éducation populaire. Nous partions du principe que seul le jeune, ses parents, avait la connaissance intime de ce qui allait pouvoir l’aider.  Nous étions un peu des lanceurs d’alerte auprès des institutions, des services publics! Nous constations les failles, les manquements, et nous aidions les habitants, les jeunes à s’organiser pour mettre en place des changements.

Nous devions travailler sur nos préjugés, nos appréhension, et ALLER VERS L’AUTRE, quelle que soit sa situation. Je me rappelle de ces logements insalubres du Bout des Landes (il y a 25ans), dans lesquels les habitants nous faisaient entrer pour prendre un café. Nous devions retenir notre souffle tant les odeurs étaient vives et insupportables! Nous étions au coeur de la précarité, du tiers monde français. Les jeunes posaient des actes de délinquance, et nous avions conscience qu’en modifiant les conditions de vie de leurs parents, nous influencerions leur posture. La sociabilisation, l’accès à l’emploi, la formation, un logement sain, participent au bien-être de chacun, et permet de construire des modèles d’identification plus dignes pour les jeunes. Nous étions dans une relation d’amour pour ces populations, nous pleurions avec eux, nous poussions des « coups de gueule » avec eux! Ils nous invitaient dans leur malheur mais aussi dans leur bonheur!

« Il n’y a pas d’aide efficace et durable sans amour. L’aidant – éducateur, médecin, animateur, psychologue, thérapeute – qui n’est pas habité par un profond amour de lui-même, de l’être humain et de son travail, ne fait, à mon avis, qu’un travail de technicien, de routine »

Petit à petit, les services publics ont pris le relais, les dispositifs se sont mis en place dans les quartiers, la rénovation urbaine à fait son travail. Pourtant, les actes de délinquances étaient toujours existants. Notre posture de travailleurs social s’est progressivement modifiée. Nous devenions des soupapes de sécurité, pour faire taire la misère, et la colère! Je rentrais souvent chez moi, épuisée, préoccupée par ce que j’avais vécu, reçu, entendu, subi. J’étais moi même en colère: je voulais redonner de l’espoir aux jeunes, leur donner une autre perception des institutions, et on était souvent confronté à des murs, à des portes fermées, à des blindages, à des préjugés qui renvoyaient chacun dans sa zone de confort, le rejet. « C’est pas moi, c’est le autres!!! »  disait AbdelMalik dans sa chanson, si représentative des postures adoptées de toute part. On apportait en réunion nos souffrances, on exprimait nos découragements. Nos dirigeants nous disaient de prendre de la distance, de faire notre travail de diagnostic, de tirer les jeunes vers le haut et de les amener vers les dispositifs conçus pour eux. De plus en plus, notre réussite se comptait au nombre de jeunes inscrits dans nos activités, dans nos camps, et plus par rapport à la qualité relationnelle. Une protection, une distance, une posture pour ne pas se laisser submerger par les émotions, les prises de position, et des engagements difficiles à assumer pour notre institution. Alors l’éducateur rentre dans le moule. Ou il revendique. Ce qui lui vaut d’être balloté d’un quartier à l’autre afin de ne favoriser aucun attachement, aucune proximité, aucun engagement. Pour moi, l’essence même de mon travail s’en est allée avec cette institutionnalisation, et j’ai préféré changé de trajectoire.

Alors aujourd’hui, quand je lis Colette Portelance, et que j’interroge ma posture de thérapeute, d’accompagnante, cela résonne d’autant plus! Je crois dans les compétences de chacun, et j’accompagne en favorisant l’autonomie. Je suis le tuteur qui favorise le chemin de la jeune plantule, pour qu’elle devienne une belle et grande plante, solide, n’ayant plus besoin de tuteur.

« Aider quelqu’un, c’est donc favoriser sa capacité d’entrer en lui même et de prendre contact avec la source profonde de sa libération. Aider favorablement quelqu’un, c’est aussi reconnaitre non seulement ce qu’il parait être, mais surtout ce qu’il peut être de grand, de beau, de merveilleux et qu’il ne montre pas. La grandeur de l’homme ne se mesure pas uniquement à ce qui se voit, mais à ce qui se dégage d’impénétrable et d’indéfinissable dans son monde psychique.  » 

Le postulat de base dans cette relation thérapeutique, est l’AMOUR!

Rappelez vous… ce professeur qui vous a fait aimer l’allemand, parce qu’il était passionné, enthousiaste, plein d’amour pour cette langue et pour les élèves à qui il l’enseignait. M Voirpy se reconnaîtra dans cette description. Me Baudin, cette prof de français, qui nous faisait souvent entrer en retard dans ses cours, car elle prenait le temps de discuter en fin de cours avec les élèves qu’elle ressentait en difficulté. Ces professeurs sont précieux, et se comptent sur les doigts d’une main dans votre parcours de vie. Je tiens à les remercier pour leur passion du métier d’enseignant. Ils en ont bavé!! ils en ont subi des critiques, des découragements, des bâtons dans les roues, des calomnies. Parce qu’ils étaient proches des élèves, à l’écoute, et se préoccupaient du confort de chacun.

« Regarder le verre à moitié plein, plutot que le verre à moitié vide! »

Ma satisfaction dans le métier que j’exerce, c’est de permettre aux personnes qui viennent chercher de l’aide, de l’écoute, de découvrir leurs potentialités, de reprendre espoir dans leur capacité, et de mettre en place des changements progressifs, minimes, mais durables!! Je pars de leur histoire de vie, de leurs bloquages, de leurs peurs, pour mettre en lumière leurs capacités. Mon expérience d’éducatrice, mes études de sociologie m’ont permis de développer cette posture. Ma formation d’herboriste thérapeute m’a appris à développer l’amour de soi, à comprendre qu’avant d’aider les autres, je devais m’aider moi même, par la mise en place de changements durables. M’aimer moi même est la grande découverte de cet accompagnement par Caroline Gagnon et son équipe. C’est aussi l’enseignement des colibris, la réflexion sur un monde alternatif, mon implication dans l’économie sociale et solidaire au sein du Solilab, avec l’équipe des ecossolies, mon cheminement spirituel. C’est toujours chercher des solutions pour VIVRE ENSEMBLE avec AMOUR dans un environnement favorable, comme remède à ce monde de compétitivité, de performance, d’ultra réussite.

Emmanuelle Guilbaudeau, herboriste thérapeute

 

 

 


Leave a Comment